
Werther
Opéra Bastille · Paris

Soliste
L'ascension d'Aigul Akhmetshina s'apparente à un véritable conte de fées lyrique, doublé d'une démonstration de force technique et de discipline absolue. Née en 1996 dans un petit village de la Russie profonde, rien ne la destinait aux projecteurs des plus grands théâtres de la planète, si ce n'est un don vocal hors du commun et une force de caractère à toute épreuve. Après avoir essuyé plusieurs refus dans de grands conservatoires russes qui jugeaient sa voix trop singulière ou inclassable, elle s'exile et tente sa chance à Londres. Son audition pour le programme Jette Parker du Royal Opera House agit comme un séisme : les directeurs artistiques décèlent immédiatement en cette jeune fille de 21 ans une maturité vocale et dramatique stupéfiante. Quelques mois plus tard, appelée au pied levé pour remplacer une collègue souffrante dans le rôle de Carmen, elle signe des débuts historiques qui vont sceller son destin. Ce qui rend le chant d'Aigul Akhmetshina si fascinant, c'est l'alliage parfait entre la luxuriance physique de son timbre et une technique d'école d'une rigueur absolue. Sa voix de mezzo-soprano lyrique possède un registre grave charnu, boisé et naturel, exempt de tout poitrinage artificiel, qui s'épanouit sans transition vers un aigu insolent et des phrasés d'une longueur infinie. Cette assise technique exceptionnelle lui permet d'aborder les vocalises et les pyrotechnies du bel canto rossinien avec une fluidité déconcertante, tout en conservant l'impact dramatique nécessaire pour mordre dans le texte français de Bizet ou de Massenet (notamment sa Charlotte dans Werther). Sur scène, Akhmetshina est une actrice née, d'un magnétisme animal qui redéfinit les personnages qu'elle incarne. Sa Carmen, loin des clichés de la femme fatale surannée, est une jeune femme farouche, moderne, d'une dignité royale et d'une liberté inflexible, une lecture psychologique acclamée lors de la nouvelle production événement de Carrie Cracknell au Metropolitan Opera de New York. Profondément attachée à ses racines bachkires, elle n'hésite pas à intégrer des instruments traditionnels comme le kurai dans ses récitals ou ses enregistrements pour Decca Classics. Menant sa carrière avec une intelligence rare, refusant de brûler les étapes vers des rôles trop lourds, Aigul Akhmetshina incarne la figure idéale de la diva du XXIe siècle : une virtuose totale, habitée par son art, d'une sincérité désarmante et d'une féroce indépendance.
Les dates à venir où cet artiste est programmé.

Opéra Bastille · Paris

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