
Gewandhausorchester Leipzig / Andris Nelsons / Lang Lang (1)
Grande Salle Pierre Boulez · Paris

Orchestre
Le Gewandhausorchester Leipzig n'est pas seulement un orchestre d'élite ; c'est un monument vivant de l'histoire culturelle européenne. Depuis près de trois siècles, cette phalange façonne un artisanat orchestral supérieur qui a défini les contours mêmes de la musique occidentale. C'est sous la baguette de son plus illustre directeur musical, Felix Mendelssohn (nommé en 1835), que l'orchestre acquiert ses lettres de noblesse modernes. Mendelssohn y impose une discipline collective métronomique, y redécouvre les chefs-d'œuvre oubliés de Jean-Sébastien Bach (qui fut cantor à Leipzig) et y crée des monuments du répertoire, à l'image de son propre Concerto pour violon ou de la Grande Symphonie en ut majeur de Franz Schubert. L'orchestre sera également le laboratoire de prédilection de Robert Schumann et de Johannes Brahms. La grande force du Gewandhausorchester réside dans sa polyvalence stylistique absolue et son organisation hors norme. Fort de plus de 180 musiciens, l'ensemble se divise quotidiennement pour répondre à ses trois missions sacrées. D'une part, il magnifie le grand répertoire symphonique allemand dans l'acoustique légendaire de sa salle moderne du Gewandhaus. D'autre part, il descend dans la fosse de l'Opéra de Leipzig pour y faire briller les architectures lyriques de Richard Wagner (né à Leipzig) ou de Richard Strauss avec une plasticité théâtrale insolente. Enfin, il maintient un lien spirituel ininterrompu avec le Thomanerchor à l'église Saint-Thomas, là même où Bach créa ses passions. Cette triple gymnastique esthétique dote l'orchestre d'une réactivité physique, d'une flexibilité de phrasé et d'une clarté de cristal dans le contrepoint proprement inégalées. Sous l'impulsion de Kurt Masur — figure héroïque de la réunification allemande —, puis du règne étincelant de Riccardo Chailly, l'orchestre a poli son héritage tout en acquérant une motricité rythmique athlétique et moderne. Depuis 2018, le maestro letton Andris Nelsons y déploie une direction d'une ferveur organique et d'un hédonisme sonore assumé, gravant notamment des intégrales symphoniques monumentales de Bruckner et de Mahler acclamées par la critique internationale pour leur calme souverain et leur puissance tellurique. Sur scène, les musiciens du Gewandhaus captivent par leur écoute mutuelle superlative et leur engagement d'une probité artistique supérieure, perpétuant avec une immense dignité la célèbre devise de leur institution : « Res severa verum gaudium » (La chose sérieuse est une véritable joie).

Grande Salle Pierre Boulez · Paris

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