
Hamlet
Opéra Bastille · Paris

Soliste
John Osborn est un phénomène absolu et une anomalie magique dans le paysage lyrique mondial. Alors que la plupart des ténors se spécialisent soit dans l'agilité virtuose du bel canto du début du dix-neuvième siècle, soit dans la puissance athlétique des opéras tardifs, cet Américain a réussi l'exploit de fusionner les deux mondes. Il est devenu la référence planétaire incontournable pour un répertoire réputé « inexecutable » : le Grand Opéra à la française. La voix de John Osborn possède une signature unique. Elle combine une longueur de souffle impressionnante, une agilité héritée de ses rôles rossiniens, et surtout une maîtrise ahurissante du registre suraigu. Là où d'autres ténors s'égosillent ou basculent dans une voix de tête fragile, Osborn projette des contre-uts (do4) et des contre-ré (ré4) en voix de poitrine ou en « voix mixte » avec une insolente facilité et une vaillance héroïque. Mais sa plus grande force, celle qui fait de lui le chouchou des scènes françaises (Opéra de Paris, Théâtre des Champs-Élysées, Opéra National du Capitole de Toulouse), est son amour et sa maîtrise absolue de la langue française. Sa diction est d'une clarté si cristalline que le public francophone peut se passer des surtitres, respectant scrupuleusement la poésie des textes et les règles de la déclamation stylistique française. Le sauveur des chefs-d'œuvre oubliés : Des œuvres monumentales comme Les Huguenots de Meyerbeer ou La Juive de Halévy ont longtemps disparu des affiches mondiales, tout simplement parce qu'aucun ténor n'était capable d'en chanter les rôles principaux, écrasants de longueur et de tessiture. En s'emparant de personnages comme Raoul ou le prince Léopold, John Osborn a littéralement permis la résurrection de ces fresques historiques sur les plus grandes scènes d'Europe. Parallèlement à ses exploits français, il reste un immense interprète du répertoire italien. Son Arnold dans le Guillaume Tell de Rossini (chanté aussi bien en français qu'en italien) fait date par son endurance surhumaine, tandis que ses incarnations chez Donizetti (Lucia di Lammermoor) ou Bellini (Norma) révèlent un sens de la ligne mélodique et du legato d'une élégance aristocratique. Acteur habité et musicien d'une rigueur de fer, John Osborn incarne la quintessence du ténor styliste, capable de faire plier la technique la plus folle au service de la vérité théâtrale.