Composé en 1936, l'Adagio pour cordes, op. 11 de Samuel Barber est l'une des œuvres les plus célèbres et universellement poignantes de la musique classique du vingtième siècle. À l'origine, cette page constituait le deuxième mouvement de son unique Quatuor à cordes en si bémol mineur, op. 11. Conscient du potentiel émotionnel et de la puissance architecturale de ce mouvement, Barber le transcrivit pour orchestre à cordes en 1938. Il envoya la partition au légendaire chef d'orchestre Arturo Toscanini, qui en assura la création mondiale à New York à la tête de l'Orchestre symphonique de la NBC, propulsant instantanément le jeune compositeur américain sur la scène internationale. L'architecture de l'œuvre repose sur une forme en arche d'une pureté géométrique absolue. La structure se développe à partir d'un motif mélodique unique et asymétrique, caractérisé par un mouvement conjoint presque exclusivement ascendant, qui imite les inflexions du plain-chant ou d'une supplique vocale suspendue. Ce thème circule de pupitre en pupitre, débutant pianissimo chez les premiers violons avant d'être repris par les altos et les violoncelles. Barber orchestre une tension dramatique ininterrompue et cumulative, où la superposition des lignes crée des dissonances éthérées. La trajectoire culmine dans un acmé cataclysmique et déchirant au sommet de la tessiture des violons, brusquement interrompu par un grand silence d'une puissance théâtrale saisissante. Sur le plan esthétique, l'opus 11 s'inscrit dans le courant du néoromantisme américain, affirmant un refus de l'atonalité et une probité stylistique superlative. Par sa dignité tragique et sa mélancolie résignée, l'œuvre a transcendé les salles de concert pour devenir l'hymne funèbre de l'histoire moderne occidentale, jouée lors des obsèques de personnalités telles que Franklin D. Roosevelt, John F. Kennedy ou Albert Einstein, ainsi qu'au cinéma. Sans jamais céder au sentimentalisme ou à la grandiloquence, cette page intemporelle s'impose comme une méditation spirituelle universelle sur le deuil et la consolation.