Chef-d'œuvre de la piété classique viennoise et monument d'une suprême probité artistique, l'Ave Regina Caelorum (MH 140) de Michael Haydn illustre à la perfection la grâce et la noblesse de la musique d'église salzbourgeoise de la fin du XVIIIe siècle. Admiré sans réserve par Mozart (qui étudia de très près ses partitions sacrées), Michael Haydn déploie ici un art d'un équilibre souverain, où la ferveur de la Contre-Réforme s'allie à l'élégance du style galant. Cette prière à la Vierge se détache par sa clarté lumineuse, loin des tensions sombres de ses pièces de la Semaine sainte. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. L'introduction des cordes installe une atmosphère sereine d'une clarté texturale chirurgicale. Lorsque le chœur entre, Michael Haydn privilégie une écriture polyphonique d'une grande fluidité, portée par une rigueur d'école impeccable qui n'étouffe jamais la spontanéité du chant. Les lignes vocales se superposent pour faire rayonner un hédonisme sonore épuré, les voix de femmes s'élevant avec une immense pureté vocale instrumentale pour saluer la Reine des Anges. Interprète pléthorique de la joie mystique et de la dévotion mariale, ce motet avance avec une belle urgence organique théâtrale. La pièce culmine dans la section finale (« Vale, o valde decora »), où les répétitions du mot « Vale » (Adieu / Salut) créent un écho d'une grande tendresse expressive, avant une conclusion d'une noble solennité. Demandant au chœur une homogénéité parfaite des timbres et une grande souplesse dans le phrasé classique, l'Ave Regina Caelorum de Michael Haydn conserve, à la tribune comme au concert, une autorité scénique superlative.