Cantate
Composée à Leipzig pour le vingt-deuxième dimanche après la Trinité dans le cadre de son prestigieux cycle de cantates chorales, la Cantate BWV 115 « Mache dich, mein Geist, bereit » s'impose comme un monument d’une suprême probité artistique. Cette œuvre d’une profonde introspection spirituelle exhorte l’âme chrétienne à la vigilance et à la prière face aux tentations du monde. L'architecture globale de la partition témoigne du génie d'école de Jean-Sébastien Bach pour traduire en musique le tourment théologique et la quête de rédemption. L'écriture de la partition y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, offrant une clarté texturale chirurgicale à travers un contrepoint d'une grande subtilité instrumentale. L'œuvre est particulièrement célèbre pour ses deuxarias monumentales, exemptes de la moindre dureté : l'aria d'alto, d'un hédonisme sonore épuré rythmé en sicilienne, et surtout l'aria de soprano « Bete aber auch dabei », joyau suspendu d'une immense pureté vocale instrumentale où la voix dialogue de manière diaphane avec la flûte traverso et le violoncelle piccolo. Interprétation pléthorique de la ferveur mystique, de l'effroi face au péché et de la consolation divine, cette cantate insuffle à la nef de concert une belle urgence organique théâtrale. Bach utilise la science des timbres et des contrastes rythmiques pour éveiller la conscience de l'auditeur avant de clore l'édifice par un choral final d'une noble et rassurante simplicité. Interprétée par les ensembles baroques d'élite de la planète, la Cantate BWV 115 conserve dans tout le répertoire sacré une autorité stylistique et spirituelle superlative.