Œuvre séminale de la Seconde école de Vienne et monument d'une suprême probité artistique, les Cinq mouvements pour cordes (Fünf Sätze für Streichquartett), Opus 5, marquent l'entrée définitive d'Anton Webern dans l'atonalité libre. Composée à l'origine pour quatuor à cordes, cette partition condense l'expression musicale jusqu'à ses frontières les plus extrêmes, préludant au courant de l'aphorisme musical et du structuralisme rigoureux du XXe siècle. Dans l'écriture, l'œuvre déploie une force cinétique percutante et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Webern y utilise une clarté texturale chirurgicale, atomisant le discours musical en de brefs motifs d'une intensité expressive inouïe. La technique instrumentale est poussée dans ses derniers retranchements : l'utilisation généralisée des sourdines, des pizzicatis, du col legno (frapper les cordes avec le bois de l'archet) et des harmoniques déploie une immense pureté vocale instrumentale, créant des paysages sonores aussi fragiles que des éclats de verre. Interprète pléthorique du silence et de la tension condensée, chaque mouvement avance avec une belle urgence organique théâtrale, oscillant entre des explosions de violence brute et un hédonisme sonore épuré d'une poésie infinitésimale. Qu'ils soient joués par un quatuor ou par un orchestre à cordes complet, ces cinq miniatures fulgurantes conservent une autorité scène superlative, s'affirmant comme l'un des chefs-d'œuvre les plus radicaux et fascinants de la modernité musicale.