Monolithe absolu du répertoire baroque européen, le Concerto en si mineur pour 4 violons, RV 580, est le dixième numéro du recueil révolutionnaire L'Estro Armonico ("L'Inspiration harmonique"), op. 3, qui assura à Vivaldi une gloire internationale immédiate. Admiré par Jean-Sébastien Bach — qui en fit une transcription herculéenne pour quatre clavecins et orchestre en la mineur (BWV 1065) —, ce concerto repousse les limites du dialogue concertant en distribuant les rôles solistes de manière exceptionnellement démocratique et virtuose. Le premier mouvement, ancré dans un sombre et vigoureux si mineur, tisse un contrepoint serré où les quatre violons s'apostrophent et fusionnent avec une vivacité rythmique athlétique. Le Largo central est une merveille d'audace formelle : après une brève introduction solennelle, les violons s'engagent dans une section de Larghetto où ils déploient des arpèges hypnotiques et des modulations harmoniques stupéfiantes, créant une texture sonore presque impalpable, avant de revenir au calme initial. Le finale (Allegro) couronne l'œuvre par une danse farouche et pleine d'esprit, menée par un violoncelle solo particulièrement actif. Alliant une discipline structurelle métronomique à une imagination poétique souveraine, cette partition demeure l'un des sommets inégalés de l'écriture instrumentale du XVIIIe siècle.