Le Concerto pour cor n° 4 en mi bémol majeur, K. 495, achevé à Vienne le 26 juin 1786, est le plus célèbre et le plus vaste des concertos pour cor de Wolfgang Amadeus Mozart. Comme les trois autres, il a été écrit spécifiquement pour Joseph Leutgeb, un ami de longue date de la famille Mozart, corniste virtuose et par ailleurs prospère marchand de fromage. Le manuscrit original de l'œuvre est resté célèbre auprès des musicologues pour sa particularité unique : Mozart l'a rédigé en utilisant alternativement des encres bleue, rouge, verte et noire. Cette excentricité graphique était probablement une plaisanterie amicale destinée à perturber ou amuser Leutgeb lors de sa lecture sur le pupitre. Sur le plan technique, l'œuvre représentait un défi immense pour l'époque. Le cor de la fin du XVIIIe siècle était un cor naturel, c'est-à-dire dépourvu de pistons ; pour obtenir les notes chromatiques non présentes dans la résonance naturelle du tube, le musicien devait modifier la position de sa main droite à l'intérieur du pavillon (technique des sons bouchés). Mozart transcende totalement ces limites physiques en écrivant une partition d'une immense fluidité. Après un premier mouvement noble et brillant, la célèbre Romanza déploie un chant d'une douceur suspendue d'une grande pureté théâtrale. Le concerto se referme sur son mouvement le plus mémorable : un Rondo vif au rythme bondissant à 6/8. Ce finale imite de manière stylisée les fanfares de chasse traditionnelles, le cor rivalisant de virtuosité avec l'orchestre dans une humeur joyeuse et espiègle. Ce mouvement est si populaire qu'il a traversé les siècles pour s'installer dans la culture populaire (notamment à la télévision et au cinéma). Aujourd'hui, ce quatrième concerto est considéré comme un monument absolu et indispensable du répertoire de l'instrument, servant de banc d'essai incontournable pour tous les grands cornistes internationaux.