Le Concerto pour flûte n° 1 en sol majeur de Mozart cache, derrière sa grâce lumineuse, l'un des paradoxes les plus savoureux de l'histoire de la musique. En février 1778, alors qu'il séjourne à Mannheim, Mozart écrit à son père Leopold une lettre restée célèbre où il se plaint amèrement de sa commande : « De plus, je n'ai pas les idées libres car je suis obligé d'écrire pour un instrument que je ne peux pas souffrir. » L'instrument en question est la flûte traversière (en bois à l'époque), dont Mozart redoutait la justesse approximative et les limites techniques. Pourtant, l'écoute de ce premier concerto balaie instantanément cette prétendue aversion : l'œuvre est un miracle d'équilibre, de fraîcheur et de pureté classique. Mozart ne se contente pas de faire briller l'instrument ; il en explore toutes les ressources expressives, le traitant avec le même égard et la même vocalité dramatique qu'un rôle d'opéra. Le cœur battant de l'œuvre réside dans son Adagio non troppo. Ce mouvement est d'une beauté si poignante et d'une telle exigence expressive que le commanditaire, Ferdinand De Jean, le jugea trop difficile et trop complexe pour ses capacités d'amateur (ce qui poussa d'ailleurs Mozart à composer en guise de remplacement l'Andante pour flûte en ut majeur, K. 315). À travers ses arabesques mélodiques et son dialogue intime avec l'orchestre, ce concerto s'est imposé comme l'Everest du répertoire de la flûte, universellement respecté et redouté par tous les flûtistes du monde lors des concours internationaux pour sa transparence absolue, qui ne pardonne aucune approximation technique ni stylistique.