Le Concerto pour orchestre de Thierry Escaich revêt une importance historique toute particulière : il s'agit d'une commande conjointe de l'Orchestre de Paris et de la Philharmonie de Paris pour célébrer l'inauguration du célèbre bâtiment conçu par Jean Nouvel. L'œuvre a ainsi été créée lors du tout premier gala d'ouverture de la Philharmonie le 14 janvier 2015, sous la direction de Paavo Järvi. S'inscrivant dans la lignée des grands concertos pour orchestre du XXe siècle (comme ceux de Béla Bartók ou Witold Lutosławski), la pièce n'isole pas un soliste unique, mais traite chaque pupitre ou musicien de l'orchestre comme un virtuose à part entière. Escaich déploie ici une palette de couleurs instrumentales phénoménale, exigeant une technique irréprochable de la part de l'ensemble de la formation (les quatre mouvements sont d'ailleurs enchaînés sans interruption). L'œuvre est bâtie sur une forte dualité. Les mouvements pairs déploient une trame rythmique obsédante et cinétique, presque mécanique, qui avance comme une machine infernale. À l'inverse, les mouvements impairs explorent des textures beaucoup plus mystérieuses, faites de nappes sonores mouvantes et de motifs incantatoires qui rappellent le passé d'organiste-improvisateur du compositeur. C'est une démonstration de force orchestrale moderne, à la fois physique, théâtrale et d'une puissance dramatique remarquable.