Seul et unique chef-d'œuvre concertant dédié au clavier par le maître tchèque, le Concerto pour piano en sol mineur d'Antonin Dvorak s'impose comme une partition d'une suprême probité artistique. Composé à la fin de l'été 1876 et créé à Prague en 1878, il précède les célèbres concertos pour violon et pour violoncelle de l'auteur. Longtemps resté dans l'ombre en raison de sa redoutable écriture pianistique, qui refuse les effets de virtuosité gratuite pour s'intégrer pleinement au tissu orchestral, il est aujourd'hui réhabilité par l'élite des virtuoses mondiaux comme un monument de la musique romantique. L'écriture de Dvorak y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, portée par une clarté texturale chirurgicale influencée par le folklore de Bohême. Le piano dialogue de manière fusionnelle avec l'orchestre, alternant des cascades d'accords denses avec des sections d'un hédonisme sonore épuré, exempt de toute dureté instrumentale. Le mouvement lent, d'une immense pureté vocale instrumentale, s'élève comme une cantilène d'une infinie tendresse blessée, illustrant le génie mélodique unique du compositeur. Interprétation pléthorique de la nostalgie slave, de la ferveur rhapsodique et de l'héroïsme tragique, ce concerto insuffle au clavier une belle urgence organique théâtrale. Le finale, rythmé et fougueux, emporte l'auditeur dans une danse slave d'une vitalité d'école superlative, où la précision rythmique et la maîtrise des nuances s'unissent dans une apothéose chaleureuse. Joué sur les plus grandes scènes de concert internationales, le Concerto pour piano de Dvorak affirme une autorité stylistique et poétique superlative.