Au sein d'une production globale souvent assombrie par la terreur stalinienne et la censure soviétique, le Deuxième Concerto pour piano, op. 102, s'élève comme une oasis de lumière, de fraîcheur et de joie de vivre dionysiaque. Composé au printemps 1957 sous le climat plus clément du « Dégel » de Khrouchtchev, ce concerto fut conçu par Chostakovitch comme un cadeau d'élite pour le dix-neuvième anniversaire de son fils Maxim, qui le créa brillamment lors de son examen de sortie du Conservatoire de Moscou. Cette destination familiale insuffle à l'œuvre une clarté de cristal, un humour complice et une absence totale de grandiloquence académique. Le premier mouvement, Allegro, démarre sur un rythme de marche espiègle introduit par les bois, avant que le piano ne s'élance dans un dialogue vif et alerte, caractérisé sur le plan technique par une agilité digitale insolente. Les thèmes y rivalisent de gaieté, à peine troublés par un épisode central plus martial en forme de défilé soviétique burlesque. L'Andante en do mineur suspend l'animation et offre l'une des pages les plus poignantes et romantiques nées sous la plume de Chostakovitch : une longue rêverie d'une poésie absolue introduite par les cordes, où le piano énonce des accords d'une infinie délicatesse rappelant le lyrisme d'un Rachmaninoff. Sans transition (attacca), le finale éclate dans un fa majeur trépidant et virtuose, écrit dans une mesure instable à 7/8 qui bouscule la carrure classique. Chostakovitch y intègre avec malice et une ironie savoureuse de véritables parodies d'exercices de virtuosité pure (les célèbres formules de démanchés du pédagogue Charles-Louis Hanon), un clin d'œil humoristique aux séances de travail de son fils. Alliant une discipline rythmique métronomique à un hédonisme sonore total, cette partition lumineuse exige du soliste une vélocité athlétique doublée d'un calme souverain, s'affirmant comme l'un des concertos les plus jubilatoires et universellement aimés du XXe siècle.