Composé durant l'été 1837, quelques mois seulement après son mariage avec Cécile Jeanrenaud, le Concerto pour piano n° 2 en ré mineur répond à une commande pressante du prestigieux Festival de Birmingham, où Mendelssohn est une idole absolue. Écrit à la hâte entre deux voyages, l'ouvrage est créé avec un succès retentissant le 21 septembre 1837, le compositeur subjuguant l'auditoire britannique par son jeu d'une fluidité légendaire. Bien que cette œuvre ait parfois souffert de la comparaison avec la popularité volcanique et juvénile du Premier Concerto en sol mineur (op. 25), elle révèle un créateur en pleine maturité stylistique, qui délaisse la pure virtuosité d'apparat au profit d'une intégration symphonique rigoureuse et d'un raffinement formel supérieur. L'architecture du concerto frappe par sa continuité dramatique, Mendelssohn reliant les trois mouvements attacca afin d'éviter que les applaudissements du public ne rompent le fil de l'émotion. Le premier mouvement, Allegro appassionato, rejette la traditionnelle et longue introduction orchestrale pour plonger immédiatement dans un dialogue tendu et frémissant entre le piano et l'orchestre, alternant éclats héroïques et confidences lyriques. Il s'enchaîne de manière poignante avec l' Adagio : Molto sostenuto, une page d'un calme olympien en si bémol majeur qui s'apparente aux plus belles Romances sans paroles du compositeur, suspendue au-dessus d'un orchestre discret et confident. Le finale, Presto scherzando, rompt cette introspection nocturne par une explosion de joie en ré majeur : Mendelssohn y déploie son style « scherzo » caractéristique, un feu d'artifice de notes piquées, de guirlandes de coloratures et de rythmes bondissants qui exigent du soliste une agilité digitale et une clarté de cristal absolues. Aujourd'hui, le Concerto en ré mineur est célébré comme l'un des plus parfaits modèles du classicisme romantique. À une époque où les salons parisiens privilégiaient l'acrobatie gratuite et les effets de manche, Mendelssohn signe ici une partition d'une immense probité artistique, où la technique la plus redoutable reste constamment soumise au discours poétique et à l'équilibre architectural. Chéri par les pianistes pour la noblesse de ses lignes, la clarté de ses textures et le plaisir physique que procure sa fluidité digitale, ce chef-d'œuvre de concision et d'élégance demeure un pilier incontournable des salles de concert, illustrant à merveille le génie d'un compositeur qui savait unir la passion romantique à la rigueur de la forme classique.