Sommet absolu de la production concertante de Wolfgang Amadeus Mozart et miracle d'équilibre instrumental, le Concerto pour piano n° 23 en La majeur, KV 488, s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Composé au cours d'un printemps stakhanoviste marqué par la genèse des Noces de Figaro, ce chef-d'œuvre cyclopéen abandonne les trompettes et timbales pour intégrer les clarinettes, substituant au faste de plein air une confidence intime d'une hauteur d'âme universelle unique. L'écriture de Mozart y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Le premier mouvement expose un thème d'une franchise monumentale, où le piano dialogue avec l'orchestre dans une clarté texturale chirurgicale, évitant toute pyrotechnie gratuite au profit d'un équilibre d'école parfait. Le cœur de l'œuvre bat dans le célèbre Adagio central en Fa dièse mineur, unique mouvement lent écrit par Mozart dans cette tonalité élégiaque. Ce sommet d'hédonisme sonore épuré est une sicilienne tragique d'une immense pureté vocale instrumentale, où le piano soliste s'élève comme un opéra sans paroles, égrénant des notes suspendues d'une infinie tendresse poétique au-dessus d'un abîme de mélancolie. Le finale renoue avec l'alacrité dramatique de l'opéra bouffe, un rondo virtuose d'une motricité digitale d'école supérieure où les lignes s'entrecroisent sans la moindre dureté artificielle. Interprétation pléthorique de la pureté formelle, de la confidence intime et de la gaieté théâtrale, ce vingt-troisième concerto insuffle au plateau une belle urgence organique théâtrale. La transparence absolue du tissu orchestral et l'exigence de perles dans le toucher du soliste imposent à l'élite des pianistes mondiaux une concentration absolue et une complicité mutuelle superlative avec les chefs les plus exigeants de la planète. Joyau éternel du patrimoine musical, le KV 488 conserve une autorité esthétique indépassable.