Ultime volet de la prodigieuse série de douze grands concertos pour piano composés à Vienne entre 1784 et 1786, le Concerto pour piano n° 25 en do majeur, K. 503 représente le sommet de l'architecture classique mozartienne. Souvent éclipsé auprès du grand public par le lyrisme immédiat du n° 21 (K. 467) ou par la ferveur dramatique du n° 20 (K. 466), il est pourtant considéré par les musicologues (notamment Charles Rosen) comme l'un de ses chefs-d'œuvre les plus parfaits et intellectuellement stimulants. L'œuvre abandonne l'intimité chambriste des précédents concertos pour embrasser une ampleur authentiquement symphonique et une grandeur olympienne qui préfigurent le style héroïque de Ludwig van Beethoven. Le premier mouvement (Allegro maestoso) frappe par ses dimensions monumentales — c'est le plus long mouvement de concerto écrit par Mozart. L'exposition orchestrale s'ouvre sur des accords solennels et des fanfares de trompettes et timbales en do majeur. Le génie de la page réside dans son traitement de la lumière : le ton de do majeur est constamment assombri par des glissements inattendus et subtils vers le do mineur homonyme, créant un clair-obscur d'une immense densité. Un motif rythmique de quatre notes (trois brèves, une longue) traverse le mouvement, rappelant étrangement la cellule génératrice de la Cinquième Symphonie de Beethoven. Le piano s'insère dans cette masse sonore non pas comme un soliste virtuose et décoratif, mais comme un partenaire dialectique à parts égales. Le deuxième mouvement (Andante, en fa majeur) exclut les trompettes et les timbales pour instaurer un climat de sérénité contemplative. Construit selon une forme sonate condensée (sans section de développement), il déploie de longues lignes cantabiles d'une pureté vocale bellinienne, suspendues au-dessus d'un accompagnement fluide, où les bois mènent un contrepoint d'une absolue délicatesse. Le finale (Allegretto) est un rondo-sonate d'une vivacité majestueuse, basé sur un thème de gavotte d'abord exposé par les cordes. Contrairement aux finales purement légers ou virtuoses de l'époque, ce mouvement conserve le poids symphonique et la rigueur structurelle du premier mouvement. Un épisode central en la mineur introduit une mélancolie passagère, avant qu'une coda lumineuse et triomphale ne scelle le cycle. Par sa probité stylistique superlative et son refus du compromis galant, le K. 503 demeure le testament de l'âge d'or du concerto viennois.