Unique concerto de la série écrit dans une tonalité mineure, le Concerto pour piano n° 3 en do mineur, op. 37 de Ludwig van Beethoven s'impose comme un monument d'une suprême probité artistique. Composé au tournant du siècle, il marque l'entrée définitive du compositeur dans sa période de pleine maturité héroïque. Beethoven y délaisse l'influence galante de Mozart pour déployer une architecture dramatique d'une tension inouïe, où le piano et l'orchestre s'affrontent et dialoguent sur un pied d'égalité absolue. L'écriture instrumentale y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, portée par une clarté texturale chirurgicale. Le premier mouvement, impérieux et sombre, installe un climat de tragédie d'école qui refuse toute dureté instrumentale artificielle. Le Largo central, écrit dans la tonalité lointaine et inattendue de mi majeur, apporte un hédonisme sonore épuré et s'élève comme une prière d'une immense pureté vocale instrumentale, suspendant le temps dans un climat de paix diaphane. Interprétation pléthorique du combat intérieur, de la ferveur spirituelle et de la conquête de la lumière, ce concerto insuffle au clavier une belle urgence organique théâtrale. Le rondo final libère une verve rythmique d'une absolue netteté qui balaie les tourments initiaux, s'achevant dans un presto en do majeur d'une joie conquérante. Interprété par l'élite des virtuoses mondiaux, le Troisième Concerto de Beethoven conserve au concert une autorité stylistique et expressive superlative.