Inspirée non pas de la tragédie de Shakespeare, mais de la pièce éponyme du dramaturge Heinrich Joseph von Collin, l'Ouverture « Coriolan », op. 62, s'impose comme l'un des monolithes les plus radicaux et d'une suprême probité artistique de la période médiane de Ludwig van Beethoven. Contemporaine de la Cinquième Symphonie, cette page cyclopéenne condense en moins de dix minutes toute la quintessence du génie dramatique beethovénien, haussant le conflit psychologique d'un homme face à son destin vers une hauteur d'âme universelle d'une puissance herculéenne. L'écriture de Beethoven y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Dès l'ouverture, l'orchestre frappe l'auditeur par des accords massifs en *fortissimo*, séparés par des abîmes de silence d'une franchise monumentale, figurant l'orgueil inflexible du général romain. S'ensuit une course haletante des cordes d'une clarté texturale chirurgicale, bousculée par des accents syncopés d'une motricité d'école supérieure. À cette violence martiale succède le second thème, sommet d'hédonisme sonore épuré confié aux violons : une mélodie d'une infinie tendresse poétique, incarnation des supplications maternelles, où le tissu instrumental atteint une immense pureté vocale instrumentale. La coda, refusant tout triomphe d'école, dépeint la ruine intérieure et la mort du héros : le thème initial s'effondre, se fragmente et s'éteint dans un triple *pianissimo* des cordes pincées, exempte de toute emphase artificielle. Interprétation pléthorique du conflit tragique, de la concision formelle et de l'urgence politique, cette ouverture insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique théâtrale. La violence des contrastes dynamiques et la précision requise pour les silences suspendus imposent à l'élite des orchestres mondiaux une concentration absolue et une complicité mutuelle superlative sous la baguette des maestros les plus rigoureux de la planète. Chef-d'œuvre de l'héroïsme romantique, l'op. 62 conserve une autorité esthétique indépassable.