Composée en 1905, l'ouverture de concert Cyrano de Bergerac est le chef-d'œuvre absolu du compositeur néerlandais Johan Wagenaar. Fasciné par la pièce de théâtre d'Edmond Rostand créée à Paris quelques années plus tôt (1897), Wagenaar choisit non pas d'écrire un opéra, mais de condenser toute la charge psychologique, l'humour et la tragédie du célèbre Gascon dans une grande fresque orchestrale. Souvent surnommé le « Richard Strauss hollandais », Wagenaar déploie ici une maîtrise éblouissante de l'orchestre moderne, combinant l'esprit théâtral français avec la luxuriance symphonique germanique. La partition s'ouvre de manière fulgurante par un thème héroïque et bondissant en ut majeur, immédiatement associé à la bravoure, à l'esprit vif et au célèbre panache de Cyrano. Les cuivres et les bois s'en donnent à cœur joie dans des rythmes fiers et conquérants. Le contraste est saisissant lorsque l'orchestre s'apaise pour laisser place à un Andante d'un lyrisme éperdu, confié aux cordes et au hautbois solo. Cette section traduit la blessure secrète du héros, son amour impossible pour sa cousine Roxane et la beauté pure de ses tirades poétiques qu'il dissimule derrière l'apparence physique de Christian. La seconde moitié de l'œuvre bascule dans l'action avec une section militaire vigoureuse évoquant le siège de Arras et la fougue des Cadets de Gascogne, où le tissu polyphonique devient d'une complexité grisante. L'ouverture s'achève sur un épilogue d'une immense dignité tragique qui dépeint la mort de Cyrano sous les feuilles d'automne du couvent. Wagenaar y fait entendre une ultime fois le thème du panache, transfiguré et ralenti, qui s'élève vers les registres aigus de l'orchestre dans un murmure d'une poésie bouleversante, matérialisant le dernier soupir du héros.