Hymne à la sérénité universelle et monument d'une suprême probité artistique, Verleih uns Frieden (Da nobis pacem) est l'une des pages chorales les plus pures, intimes et poignantes de Felix Mendelssohn. Composée à Rome en 1831, cette miniature sacrée témoigne de la fascination profonde du compositeur pour l'héritage de Jean-Sébastien Bach, dont il venait de redécouvrir la Passion selon saint Matthieu. En s'emparant de ce choral de Martin Luther, Mendelssohn signe une œuvre œcuménique où la rigueur du contrepoint luthérien fusionne avec la sensibilité mélodique du romantisme allemand. Robert Schumann disait de cette pièce qu'elle était « un petit chef-d'œuvre qui, s'il était le seul reste de sa musique, suffirait à rendre son nom immortel ». Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique tranquille et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. L'œuvre s'ouvre dans une économie de moyens absolue, d'une clarté texturale chirurgicale : une ligne de violoncelles introduit la mélodie, reprise par le pupitre des basses d'une immense pureté vocale instrumentale. Le contrepoint se tisse pas à pas selon une rigueur d'école impeccable, chaque pupitre s'ajoutant au précédent sans jamais briser le flux legato. Mendelssohn refuse ici tout effet virtuose ou grandiloquent au profit d'un hédonisme sonore épuré, baigné d'une lumière consolatrice. Interprète pléthorique du recueillement spirituel et de l'espoir, cette prière avance avec une belle urgence organique théâtrale contenue. Le point culminant de la pièce associe le chœur au grand complet et les harmonies enveloppantes de l'orchestre dans un élan de ferveur irrésistible, avant de s'éteindre dans le murmure d'une paix retrouvée. Demandant aux choristes un sens aigu du soutien, de la nuance et une homogénéité parfaite des timbres, ce motet conserve, au concert comme à la tribune, une autorité scénique superlative.