L'histoire de l'opéra Die Liebe der Danae est l'une des plus sombres et touchantes de la fin de vie de Richard Strauss. Composé entre 1938 et 1940 sur un livret de Joseph Gregor, cet « opéra mythologique » subit de plein fouet les ravages de la Seconde Guerre mondiale. En août 1944, alors que l'Allemagne nazie décrète la « guerre totale », la création officielle au Festival de Salzbourg est annulée au dernier moment après une unique répétition générale historique en présence du compositeur en larmes, l'œuvre ne connaissant sa véritable première publique qu'en 1952, trois ans après la mort de Strauss. Conscient de la rareté des représentations de cet opéra colossal en raison de ses exigences vocales surhumaines, le chef d'orchestre Clemens Krauss — ami fidèle de Strauss et librettiste de Capriccio — réalise en 1952, juste après la création posthume, un Fragment symphonique destiné au concert. Cette somptueuse suite orchestrale condense les plus beaux sommets lyriques de la partition. Elle se focalise principalement sur le magnifique interlude instrumental de l'acte III et la scène finale où le dieu Jupiter, renonçant à son amour pour Danaé, accepte sa propre destitution dans une résignation d'une noblesse infinie. Sur le plan purement instrumental, ce fragment s'impose comme un testament sonore éblouissant du style tardif de Strauss. Le compositeur y déploie une polyphonie opulente d'un raffinement inouï, mariant le scintillement d'une pluie d'or sonore à des harmonies d'une nostalgie crépusculaire. Exigeant des musiciens une plasticité des dynamiques et une ivresse des cuivres de premier ordre, cette page symphonique d'une absolue probité poétique permet de savourer le génie instrumental straussien débarrassé des contraintes de la scène théâtrale.