Composé vers 1734, Dominus regnavit est l'un des tout premiers chefs-d'œuvre de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville. Il installe immédiatement le violoniste prodige au sommet de l'art sacré français de l'époque de Louis XV. Écrit dans la tonalité lumineuse et éclatante de sol majeur, ce Grand Motet brise le formalisme d'école versaillais pour y insuffler une théâtralité, un figuralisme pictural et une alacrité instrumentale superlatives, directement importés du style des concertos italiens (notamment de Vivaldi). La grande force de ce motet repose sur le traitement dramatique et presque visuel que Mondonville applique au texte sacré. Le point d'orgue de l'œuvre est sans conteste le mouvement Elevaverunt flumina (« Les fleuves ont élevé leur voix »). Le compositeur y déploie un « chœur de tempête » d'une violence cinétique inouïe pour l'époque : les cordes imitent le fracas des vagues par des traits de doubles croches tumultueux, tandis qu'une flûte piccolo (une immense nouveauté orchestrale) vient percer la masse chorale pour figurer les sifflements stridents des vents et de la bourrasque. La clarté texturale s'allie ici à une virtuosité technique saisissante. Le motet ne manque pas non plus de moments d'un hédonisme sonore plus léger. Le finale sur le verset Domum tuam decet sanctitudo fait ainsi intervenir un duo d'une gaieté aérienne irrésistible, calqué sur le rythme d'une gavotte populaire. Ce passage fut d'ailleurs si célèbre qu'il fit l'objet de nombreuses transcriptions domestiques à la cour de Versailles. Alliant une solide probité architecturale dans ses grands ensembles polyphoniques à une écriture vocale d'une pureté instrumentale exigeante, Mondonville signe avec ce Dominus regnavit un monument de l'art baroque français, où la louange divine se fait spectacle total.