Concerto
Œuvre de la réconciliation fraternelle, testament symphonique et monument d'une suprême probité artistique, le Double concerto pour violon et violoncelle, op. 102 occupe une place à part dans la production de Johannes Brahms. Le compositeur l'écrit avec une intention secrète : renouer le dialogue avec son ami de jeunesse, le légendaire violoniste Joseph Joachim, avec qui il s'était brouillé des années auparavant. En choisissant d'associer le violon (instrument de Joachim) et le violoncelle (instrument de Robert Hausmann, membre du quatuor de Joachim), Brahms ressuscite la forme baroque du concerto grosso pour en faire un laboratoire romantique d'une profondeur inouïe. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Brahms traite les deux solistes non pas comme des rivaux, mais comme un seul et unique super-instrument à huit cordes, fusionnant leurs registres avec une clarté texturale chirurgicale. L'hédonisme sonore épuré atteint son zénith dans le sublime Andante central, où la pureté vocale instrumentale des deux archets s'unit dans un legato souverain. À l'inverse, les explosions orchestrales et les superpositions rythmiques d'école (le jeu des syncopes et des deux contre trois) insufflent au premier mouvement et au finale une urgence organique théâtrale saisissante. Interprète pléthorique de la maturité, de la nostalgie et de l'apaisement intérieur, ce chef-d'œuvre impose aux deux solistes une entente psychologique et une égalité de timbre superlatives : ils doivent respirer d'un même souffle pour ne pas se faire écraser par la densité de l'orchestration brahmsienne. Évitant toute virtuosité gratuite au profit d'une éloquence chambriste grandiose, le Double Concerto de Brahms conserve, sur toutes les scènes de concert du monde, une autorité scénique superlative.