Chef-d'œuvre de la modernité de la fin du XXe siècle et monument d'une suprême probité artistique, l'Étude n° 4 "Fanfares" de György Ligeti redéfinit entièrement les possibilités techniques du piano moderne. Écrit en 1985 au sein du légendaire Premier Livre d'Études, ce morceau s'inspire des polyrythmies complexes de la musique centrafricaine, des rythmes asymétriques d'Europe de l'Est et du jazz. Ligeti y crée de véritables illusions acoustiques où l'auditeur perçoit des lignes mélodiques cachées indépendantes du mouvement réel des doigts. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. La main gauche maintient un ostinato implacable de 8 croches réparties de façon boiteuse (3+2+3), d'une clarté texturale chirurgicale. Sur cette grille d'école rigoureuse, la main droite déploie ses fanfares lumineuses, refusant l'atonalité agressive pour chercher un hédonisme sonore épuré fondé sur des modes harmoniques chatoyants. Le contrepoint atteint une immense pureté vocale instrumentale, les deux mains fonctionnant de manière totalement indépendante comme deux ordinateurs ou deux instruments distincts. Interprète pléthorique de la vitesse, de l'illusion spatiale et de la géométrie sonore, cette étude avance avec une belle urgence organique théâtrale. Elle impose au pianiste un défi de dissociation cérébrale et de précision digitale absolu, l'accentuation devant rester d'une régularité de métronome malgré les déplacements permanents. Devenue un classique du répertoire contemporain indispensable dans les grands concours, Fanfares conserve au concert une autorité scénique superlative.