La Fantaisie en do majeur Op. 17 est le monument absolu du piano schumannien et l'un des sommets incontestés du Romantisme musical. L'œuvre est née d'une double impulsion : d'une part, un projet d'hommage à Beethoven (les fonds récoltés par sa vente devaient financer le monument érigé à Bonn), et d'autre part, le désespoir amoureux de Schumann, alors brutalement séparé de sa bien-aimée Clara Wieck par le père de celle-ci. Schumann confessera plus tard à Clara que le premier mouvement était le cri le plus douloureux qu'il ait jamais poussé. Le premier mouvement, de forme libre et rhapsodique, déploie un fleuve de passion ininterrompue, construit autour d'une citation cachée du cycle de lieder de Beethoven À la bien-aimée lointaine. Le deuxième mouvement est une marche triomphale et athlétique d'une virtuosité terrifiante, célèbre pour son finale en sauts d'octaves brisés convergents qui pousse les pianistes au bord du gouffre technique. Rompant avec la tradition qui veut qu'une œuvre se termine par un mouvement rapide, Schumann choisit de clore sa Fantaisie par un Andante suspendu, une méditation d'une beauté extatique et d'un apaisement cosmique qui s'éteint dans de doux accords de do majeur.