Composée à Vienne en mai 1785, la Fantaisie en ut mineur KV 475 est l’un des sommets absolus de la littérature pianistique du XVIIIe siècle. Publiée initialement par Mozart lui-même comme un prélude indissociable à sa sombre Sonate en ut mineur KV 457 (composée l'année précédente), elle s'en détache aujourd'hui fréquemment au concert pour exister comme une entité autonome d'une force dramatique herculéenne. Cette page témoigne du génie d'improvisateur de Mozart, qui s'affranchit ici des cadres formels traditionnels pour explorer les abysses d'une psyché tourmentée, anticipant de manière saisissante le romantisme d'un Schubert ou d'un Chopin. D'une audace harmonique stupéfiante, l'œuvre refuse la stabilité tonale : elle s'ouvre sur un motif d'un calme dantesque et mystérieux en ut mineur, basé sur un chromatisme foudroyant, avant de traverser des tonalités extrêmement éloignées (comme ré bémol majeur ou si bémol mineur) au gré de ses sections intermédiaires. L'écriture alterne des explosions de virtuosité athlétique (le Più allegro) et des oasis d'un lyrisme d'une absolue pureté (Andantino), avant de se clore par un retour implacable au climat crépusculaire du début. Chef-d'œuvre d'une probité artistique supérieure, cette Fantaisie exige de l'interprète une discipline de timbre et une gestion des tensions dramatiques superlatives pour en restituer l'unité spirituelle.