Maurice Ravel composa Gaspard de la nuit en 1908, une oeuvre pour piano inspirée par trois poèmes en prose d'Aloysius Bertrand. Ravel se donna pour défi de surpasser la difficulté technique d'Islamey de Balakirev. L'oeuvre est une exploration virtuose des sonorités pianistiques, alliant une poésie sombre à une exigence technique extrême, marquant un sommet dans sa quête d'expression et de perfection instrumentale. Ce triptyque se compose d'Ondine, évocation chatoyante et fluide d'une nymphe des eaux, Le Gibet, une peinture sonore lugubre et immobile, où seule une cloche lointaine rompt le silence macabre, et Scarbo, un scherzo démoniaque d'une virtuosité époustouflante dépeignant un farfadet maléfique et insaisissable. Gaspard de la nuit est souvent considéré comme l'apogée de l'écriture pianistique de Ravel, rivalisant avec Miroirs par son innovation harmonique et sa richesse expressive. A sa création, l'oeuvre fut immédiatement reconnue pour sa difficulté colossale et son originalité frappante, posant un défi considérable même aux pianistes les plus accomplis. Aujourd'hui, Gaspard de la nuit demeure une pièce maîtresse du répertoire pianistique, une pierre angulaire qui exige non seulement une technique irréprochable mais aussi une profonde sensibilité poétique, confirmant son statut de jalon essentiel dans l'histoire de la musique.