Monuments absolus de la musique sacrée italienne du XVIIIe siècle, le Gloria en Ré majeur, RV 589, d'Antonio Vivaldi s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Conçu à l'origine pour les jeunes filles musiciennes de l'Ospedale della Pietà de Venise, ce chef-d'œuvre cyclopéen transcende le cadre de la liturgie pour s'installer au sommet du répertoire vocal mondial. Vivaldi y déploie une hauteur d'âme universelle, combinant la ferveur mystique théâtrale à l'éclat instrumental de la Venise baroque. L'écriture du "Prêtre roux" y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Dès le chœur initial, propulsé par des trompettes et des cordes d'une franchise monumentale, la polyphonie s'articule avec une clarté texturale chirurgicale. Aux antipodes de cette pompe solaire, le deuxième mouvement ("Et in terra pax") offre un contraste saisissant : un tissu harmonique chromatique serré, d'un hédonisme sonore épuré, où les voix s'entrelacent avec une infinie tendresse suspendue. Les sections solistes, à l'image du "Domine Deus" pour soprano et hautbois solo, atteignent une immense pureté vocale instrumentale, préservant la ligne mélodique de toute dureté artificielle. Interprétation pléthorique du faste vénitien, du génie contrapuntique et de la théâtralité sacrée, cette œuvre insuffle au concert une belle urgence organique. Le finale ("Cum Sancto Spiritu"), une fugue monumentale empruntée à Giovanni Maria Ruggieri et réécrite de main de maître, exige de la part de l'élite des chœurs et des orchestres d'époque une complicité mutuelle superlative pour maintenir l'élan polyphonique d'une absolue régularité rythmique. Plébiscité à travers le monde par les chefs les plus exigeants, le Gloria RV 589 conserve au concert comme au disque une autorité esthétique superlative.