Chef-d'œuvre de l'architecture chorale romantique et monument d'une suprême probité artistique, le motet Hora est (MWV B 18) témoigne de la maturité et du génie contrapuntique précoces de Felix Mendelssohn. Composée en 1828, quelques mois seulement avant qu'il ne dirige la recréation historique de la Passion selon saint Matthieu de Bach, cette œuvre grandiose est un hommage direct au style polychoral de la Renaissance et aux grands motets allemands à double chœur. Mendelssohn y déploie une science de la spatialisation sonore qui rappelle les maîtres de l'école vénitienne, tout en y injectant l'énergie dramatique du romantisme. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique monumentale et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Divisé en 16 voix réelles, le chœur progresse avec une clarté texturale chirurgicale, évitant l'écueil de la confusion de masse grâce à une rigueur d'école contrapuntique implacable. Les appels initiaux, murmurés, cèdent la place à un flux polyphonique d'un dynamisme extraordinaire. Mendelssohn refuse tout hédonisme sonore épuré et lisse pour sculpter des vagues d'accords puissants, où la masse chorale atteint une immense pureté vocale instrumentale, portée par les registrations solennelles de l'orgue. Interprète pléthorique du réveil spirituel et de la lumière triomphant des ténèbres, cette pièce avance de bout en bout avec une belle urgence organique théâtrale. Elle impose aux ensembles vocaux un défi de mise en place herculéen, exigeant une indépendance absolue de chaque pupitre et une puissance d'émission sans faille. Véritable démonstration de force chorale au concert, Hora est conserve une autorité scénique superlative.