Composée en une seule nuit de janvier 1890, I Crisantemi est une réponse immédiate et viscérale de Giacomo Puccini à la mort soudaine de son ami Amedeo de Savoie, duc d'Aoste (ancien roi d'Espagne). Le chrysanthème étant, dans la culture italienne et européenne, la fleur traditionnellement associée au deuil et au souvenir des défunts, Puccini livre ici un tombeau musical d'une intensité poétique bouleversante. Bien qu'il soit principalement célébré pour ses opéras monumentaux, le compositeur livre avec cette miniature instrumentale l'un des sommets de la musique de chambre de la fin du XIXe siècle italien. Sur le plan de l'écriture, cette pièce en ut dièse mineur brille par son économie de moyens et son lyrisme d'un raffinement harmonique inouï. Puccini y déploie des lignes mélodiques sinueuses, chromatiques, presque vocales, qui semblent constamment suspendues à un fil de déchirement intérieur. Conscient de la beauté plastique irrésistible de ses thèmes, le compositeur les réutilisera presque textuellement quelques années plus tard dans le dernier acte de son opéra Manon Lescaut, pour accompagner l'agonie tragique et solitaire de son héroïne dans le désert de Louisiane. Chef-d'œuvre de probité expressive, I Crisantemi exige des interprètes une conduite d'archet d'une fluidité de cristal et un art du timbre supérieur pour ne jamais faire sombrer cette déploration intime dans le pathos.