
Chœur et Orchestre de la Gaechinger Cantorey
Théâtre des Champs Elysées · Paris
Composée à l'origine durant les années d'apprentissage et de ferveur à Weimar, où Bach occupait les fonctions de maître de concert à la cour ducale, cette cantate monumentale s'élève comme l'une des œuvres les plus vastes, les plus complexes et les plus profondément dramatiques de toute sa production sacrée. Destinée au troisième dimanche après la Trinité, elle fut retravaillée à plusieurs reprises par le compositeur, notamment pour des exécutions ultérieures à Köthen puis à Leipzig, ce qui témoigne de l'attachement singulier que Bach portait à cette partition. L'ouvrage déploie une trajectoire théologique et spirituelle d'une puissance théâtrale saisissante, menant l'âme humaine des ténèbres de l'affliction vers la lumière éblouissante de la rédemption. La première partie exprime la détresse, la solitude et le doute de l'homme face au silence divin, matérialisés par la tonalité sombre de do mineur et par des plaintes chromatiques d'une poignante beauté. La seconde partie, s'ouvrant sur un dialogue intime entre l'Âme et le Christ, opère une spectaculaire métamorphose vers la joie et la louange, qui culmine dans un embrasement final en do majeur, soutenu par l'éclat des trompettes et des timbales. L'écriture chorale et instrumentale y est d'une virtuosité proprement prodigieuse. Bach y mêle la science contrapuntique la plus rigoureuse, héritée de la tradition allemande, au lyrisme le plus passionné de l'opéra italien, notamment dans les airs de soprano et de ténor, d'une exigence technique absolue. La Sinfonia initiale, dialogue suspendu entre le hautbois et le premier violon au-dessus d'une basse continue obstinée, demeure l'une des pages instrumentales les plus bouleversantes de l'histoire de la musique.

Théâtre des Champs Elysées · Paris