Composé en 1753, au faîte de la gloire parisienne du musicien, In exitu Israel est considéré à juste titre comme le chef-d’œuvre absolu de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville et l'un des monuments indépassables du Grand Motet français. Écrit dans la tonalité sombre, théâtrale et dramatique de sol mineur, ce motet célèbre la fuite d'Égypte du peuple hébreu et la manifestation de la puissance divine à travers les éléments. Mondonville y déploie une alacrité et une inventivité descriptive sans précédent, qui ont littéralement subjugué le public du Concert Spirituel lors de sa création. Le texte du Psaume 113 offre au compositeur un canevas idéal pour exprimer son génie pictural et dramatique. Le mouvement le plus spectaculaire et mémorable de l'œuvre est le chœur A facie Domini mota est terra (« Devant la face du Seigneur, la terre a tremblé »). Pour figurer le séisme biblique, Mondonville utilise une clarté texturale chirurgicale alliée à une force cinétique inouïe : l'orchestre déchaîne des vagues de doubles croches en tremolos, des accords abrupts et des contrastes dynamiques violents qui miment le soulèvement du sol, créant un effet de sidération théâtrale saisissant pour une œuvre sacrée. À cette violence géologique succède un moment d’un hédonisme sonore et d’une dévotion suspendue d’une immense pureté vocale : le célèbre Non nobis, Domine (« Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire »). Écrit pour un effectif réduit en trio, ce passage brille par sa probité stylistique et sa grâce mélodique épurée, offrant une halte introspective bienvenue avant l'apothéose finale. Équilibrant parfaitement la rigueur du contrepoint d'école et la virtuosité instrumentale italienne la plus flamboyante, Mondonville signe ici une œuvre chorale totale, confirmant sa suprématie dans la musique religieuse sous Louis XV.