Les Trois Klavierstücke D.946 de Franz Schubert furent composés en mai 1828, quelques mois seulement avant sa mort. Non commandées, ces œuvres s'inscrivent dans la floraison créatrice de ses dernières années, aux côtés de ses ultimes sonates pour piano. Initialement conçues comme des pièces individuelles, probablement des impromptus, elles furent regroupées et publiées à titre posthume par Johannes Brahms en 1868 sous le titre "Drei Klavierstücke". Elles représentent un jalon essentiel de son exploration du répertoire pour piano seul. Chacune des trois pièces présente une structure A-B-A', caractérisée par de vifs contrastes émotionnels et thématiques. La première, en mi bémol mineur, déploie une énergie dramatique et virtuose, entrecoupée de passages lyriques. La seconde, en mi bémol majeur, est une mélodie fluide et introspective, parfois interrompue par des sections médianes plus agitées. Enfin, la troisième, en ut majeur, est un allegro dansant et exubérant, culminant dans une brillante démonstration de légèreté et de joie, tout en conservant une touche de mélancolie. L'ensemble révèle une richesse harmonique et mélodique caractéristique du compositeur. Ces Klavierstücke, méconnus de son vivant car non publiés ni exécutés, occupent une place de choix dans le catalogue de Schubert, faisant le pont entre ses impromptus et ses sonates tardives. Leur publication par Brahms permit au monde musical de prendre conscience de leur valeur. Aujourd'hui, ils sont universellement reconnus comme des chefs-d'œuvre du répertoire romantique, fréquemment interprétés et enregistrés. Ils témoignent de la profondeur d'expression et de l'audace formelle que Schubert atteignit au crépuscule de sa vie, marquant leur importance durable.