Testament lyrique noble, leçon de philosophie politique et monument d'une suprême probité artistique, La clemenza di Tito (K. 621) est le dernier opéra sérieux de Wolfgang Amadeus Mozart. Souvent incompris au XIXe siècle en raison du contexte officiel de sa création (une commande d'apparat pour un couronnement), l'ouvrage est aujourd'hui reconnu comme un chef-d'œuvre de modernité formelle. Mozart et son librettiste Mazzolà y épurent radicalement les structures figées du vieux genre seria métastasien, resserrant l'action dramatique en deux actes nerveux pour en faire une réflexion poignante sur la solitude du pouvoir, la trahison intime et la réconciliation humaine. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique majestueuse et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. L'ouverture en do majeur impose instantanément une clarté texturale chirurgicale, alternant les fanfares impériales avec une tendresse d'école proprement mozartienne. L'hédonisme sonore épuré culmine dans les célèbres grands airs avec clarinette ou cor de basset obligés (les sublimes Parto, parto de Sesto et Non più di fiori de Vitellia), où la pureté vocale instrumentale atteint des sommets d'éloquence. Les grands ensembles — notamment le finale de l'acte I avec son chœur lointain épouvanté devant l'incendie du Capitole — font preuve d'une urgence organique théâtrale saisissante. Interprète pléthorique de l Trahison fraternelle, du dilemme éthique et du renoncement à la vengeance, cet opéra exige une distribution vocale aux dimensions superlatives. Le rôle de Sesto demande une virtuosité et un legato sans faille pour traduire le déchirement intérieur de l'ami traître, tandis que le rôle de Tito requiert un ténor capable d'une noblesse déclamatoire exempte de toute dureté. Chef-d'œuvre d'une souveraine économie de moyens, La Clémence de Titus conserve sur toutes les plus grandes scènes du monde une autorité scénique superlative.