
Maria Stuarda
Théâtre des Champs Elysées · Paris
Composé en 1834, Maria Stuarda occupe une place légendaire et tumultueuse dans l'histoire de l'opéra italien en raison des foudres de la censure qu'il s'attira immédiatement. Initialement destiné au Teatro San Carlo de Naples, l'ouvrage fut interdit par le roi Ferdinand II juste après une répétition générale restée célèbre, au cours de laquelle les deux cantatrices rivales (Giuseppina Ronzi de Begnis et Anna del Serre) en vinrent physiquement aux mains sur scène en s'insultant. Donizetti dut adapter sa musique en urgence pour un autre livret (Buondelmonte), avant que la véritable œuvre ne voie le jour à la Scala de Milan en 1835, portée par la mythique Maria Malibran. Malmené par les coupures et interdit dans plusieurs villes en raison de son sujet politique hautement sensible — la mise à mort d'une souveraine par une autre —, l'opéra tomba dans un long oubli avant d'être magistralement ressuscité au milieu du XXe siècle grâce à des tragédiennes d'exception comme Leyla Gencer, Montserrat Caballé et Joan Sutherland. Sur le plan musical, la partition représente l'un des sommets absolus du bel canto romantique, caractérisé par un affrontement vocal d'une intensité dramatique sans précédent. Donizetti oppose deux personnalités féminines écrasantes à travers des écritures vocales virtuoses et hautement différenciées : Elisabetta (souvent confiée à un soprano dramatique ou un mezzo-soprano), impérieuse, jalouse et prompte à des ornementations d'une agressivité tranchante, face à Maria Stuarda (soprano lyrique), dont la ligne de chant privilégie une pureté mélancolique transfigurée par une agilité noble. Le cœur incandescent du drame réside dans leur face-à-face fictif de l'acte II (une invention de Schiller), un sommet de théâtre pur où les structures traditionnelles de l'opéra volent en éclats lors du célèbre récitatif où Marie fustige sa rivale du cri de « Vil bastarda ! » (Vile bastarde !), annonçant par sa violence déclamatoire les futures audaces du jeune Giuseppe Verdi. Au-delà de ses joutes vocales et de la rivalité amoureuse autour du personnage de Leicester, Maria Stuarda déploie une réflexion psychologique d'une grande acuité sur la solitude du pouvoir et la dignité face au destin. Tout le troisième acte s'apparente à un immense et poignant hymne à la rédemption pour l'héroïne écossaise, magnifié par une scène de confession d'une immense pudeur (« D'un cor che more ») et une monumentale prière collective avec chœur (« Deh ! tu di un umile preghiera ») qui compte parmi les plus belles inspirations mélodiques du compositeur. Pièce maîtresse de la célèbre « Trilogie des reines Tudor » de Donizetti (aux côtés d' Anna Bolena et de Roberto Devereux), ce chef-d'œuvre d'une immense probité artistique demeure un défi permanent pour les plus grandes divas mondiales, unissant la perfection technique de la vieille école italienne à la vérité dramatique la plus brute.
Les concerts à venir qui programment cette œuvre.

Théâtre des Champs Elysées · Paris