Fresque sacrée d'un profond recueillement et monument d'une suprême probité artistique, le Miserere (MWV B 12) de Felix Mendelssohn est l'une des pièces maîtresses de la production religieuse de sa jeunesse. Inspiré à la fois par la redécouverte des polyphonies de la chapelle Sixtine (notamment le célèbre Miserere d'Allegri) et par le style architectural de Jean-Sébastien Bach, le jeune compositeur allemand livre une œuvre d'une gravité théâtrale saisissante. Ce Psaume 51 est traité non pas comme un simple office liturgique, mais comme un drame intérieur d'une intense force poétique. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique feutrée et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Mendelssohn utilise la structure du double chœur pour faire alterner des moments d'angoisse collective et de supplication individuelle d'une clarté texturale chirurgicale. Les lignes mélodiques des solistes s'élèvent avec une immense pureté vocale instrumentale, soutenues par une orchestration romantique sombre où les bois jouent un rôle consolateur. Le contrepoint se plie à une rigueur d'école d'une grande noblesse, intégrant un hédonisme sonore épuré dans les mouvements lents pour mieux faire ressortir l'espoir du pardon. Interprète pléthorique des tiraillements de l'âme face à la transcendance, ce Miserere avance avec une belle urgence organique théâtrale. La pièce demande aux huit voix chorales un sens du phrasé lié (legato) exceptionnel, des attaques d'une précision absolue dans les sections fuguées et une grande plasticité dynamique pour passer du murmure de la contrition à la clarté de la louange. Moins souvent programmé que ses grandes cantates tardives, le Miserere de jeunesse de Mendelssohn conserve au concert une autorité scénique superlative, annonçant les sommets de ses grands oratorios Paulus et Elias.