
Mitridate
Théâtre des Champs Elysées · Paris
La genèse de Mitridate s'inscrit au cœur de l'âge d'or de l'opéra baroque italien et des rivalités théâtrales féroces qui ont marqué le XVIIIe siècle. Initialement composé pour le public romain du Carnaval de 1730 sur un livret de Filippo Vanstripe, l'ouvrage connaît une seconde vie spectaculaire en 1736 à Londres. Importé par la prestigieuse Compagnie de la Noblesse (Opera of the Nobility) pour contrer l'hégémonie de Georg Friedrich Haendel, l'opéra est alors profondément remanié par Porpora et le librettiste Paolo Antonio Rolli. Cette adaptation londonienne, conçue comme une vitrine de virtuosité pure et de suprématie stylistique, s'approprie la tragédie classique de Jean Racine pour la plier aux exigences dramatiques et spectaculaires du public anglo-saxon. Sur le plan de l'écriture vocale, Mitridate représente le sommet de l'école napolitaine dont Porpora était le pédagogue le plus légendaire et le plus recherché d'Europe. La partition de 1736 est taillée sur mesure pour les plus grandes stars de l'époque, réunissant sur la même scène le légendaire castrat Farinelli (élève bien-aimé de Porpora) dans le rôle de Sifare, et son rival Senesino dans le rôle-titre de Mitridate. L'écriture tire un parti prodigieux des capacités physiques herculéennes de ses interprètes : elle alterne des arie di bravura aux coloratures vertigineuses et athlétiques, exigeant un contrôle de souffle surhumain, avec des pages d'un lyrisme pathétique d'une infinie noblesse. L'orchestration, d'une grande clarté de texture, soutient magnifiquement le chant sans jamais l'étouffer, tout en ménageant de subtils dialogues entre les bois et les voix. Aujourd'hui, la redécouverte et la recréation de ce chef-d'œuvre exigent de la part des interprètes modernes un artisanat vocal d'une exigence superlative et une probité stylistique absolue. Aborder une telle partition requiert des contre-ténors et des sopranos coloratures d'élite capables de maîtriser une vocalité d'une agilité hors norme tout en restituant l'éloquence et la vérité rhétorique du texte baroque. Pour le chef d'orchestre, la direction de cette œuvre réclame une discipline de travail métronomique afin de maintenir la tension dramatique à travers les longs récitatifs et d'insuffler une sève poétique aux amples structures des arie da capo. Monument d'élégance et de virtuosité pure, Mitridate s'impose comme l'un des témoignages les plus complets, fascinants et impitoyables du génie vocal de Nicola Porpora.
Les concerts à venir qui programment cette œuvre.

Théâtre des Champs Elysées · Paris