Composée dans l'urgence en 2002, On the Transmigration of Souls est une œuvre commémorative monumentale écrite en hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001. John Adams a refusé de concevoir cette pièce comme une célébration héroïque ou une marche funèbre traditionnelle. Il l'a plutôt pensée comme un « espace de mémoire », une sorte de cathédrale sonore propice à la méditation et au recueillement, évitant tout pathos excessif pour atteindre une probité émotionnelle universelle. L'œuvre se distingue par sa clarté texturale chirurgicale, mêlant un orchestre pléthorique à des paysages sonores préenregistrés. La bande magnétique diffuse des bruits urbains familiers de New York (sirènes lointaines, rumeurs de voitures) sur lesquels se superposent des voix lisant à voix basse les noms des disparus, ainsi que des fragments de phrases extraits d'avis de recherche placardés dans la ville. L'entrée progressive du grand chœur et du chœur d'enfants s'effectue avec une immense pureté vocale, répétant des mots simples comme « Missing » (Disparu), « Remember » (Souviens-toi) ou « Love » (Amour). Sur le plan musical, la partition déploie une force cinétique contenue, héritée du minimalisme américain, qui évolue vers des superpositions harmoniques d'une complexité harmonique superlative. Le traitement des masses chorales et instrumentales crée une urgence organique poignante, alternant des moments de silence suspendu d'un hédonisme sonore épuré et des vagues orchestrales d'une puissance théâtrale et dramatique écrasante. Cette œuvre cathartique, couronnée par le prix Pulitzer, s'impose comme l'un des monuments musicaux les plus bouleversants et justes de notre siècle.