Chef-d'œuvre absolu de la musique sacrée baroque, l'Oratorio de Noël (Weihnachts-Oratorium) de Jean-Sébastien Bach s'impose comme un monument d'une suprême probité artistique. Composé à Leipzig pour les célébrations de la fin d'année 1734 et du début de l'année 1735, cet édifice cyclopéen réunit six cantates distinctes destinées à être chantées lors des différents jours de fête. Le cantor de Leipzig y recycle avec un génie de la parodie musicale plusieurs de ses plus belles pages profanes antérieures, les transfigurant dans un élan de dévotion sacrée d'une hauteur d'âme universelle. L'écriture de Bach y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, offrant une clarté texturale chirurgicale à travers des architectures contrapuntiques virtuoses. La partition fait alterner les récitatifs de l'Évangéliste, des chorals d'une grande noblesse d'école et des airs de solistes d'une immense pureté vocale instrumentale, exempts de toute dureté. L'hédonisme sonore épuré culmine dans la célèbre Sinfonia pastorale de la deuxième partie, où le dialogue entre les flûtes et les hautbois crée une atmosphère de paix diaphane. Interprétation pléthorique de la joie universelle, du mystère de l'Incarnation et de la ferveur spirituelle, l'oratorio insuffle à la nef comme à la scène de concert une belle urgence organique théâtrale. Des éclats triomphaux des trompettes et des timbales initiales jusqu'à la solennité contrapuntique du chœur final, l'œuvre rayonne par sa lumière et sa profonde humanité. Interprété chaque hiver par les ensembles d'élite de la planète, l'Oratorio de Noël de Bach conserve partout dans le monde une autorité spirituelle et stylistique superlative.