La Partita n° 2 en ré mineur est sans conteste l'œuvre la plus célèbre, la plus jouée et la plus tragique de tout le cycle pour violon seul. Si les quatre premières pièces suivent fidèlement le modèle standard de la suite de danses de l'ère baroque, l'atmosphère générale est enveloppée d'une gravité sombre et introspective. De nombreux musicologues associent l'intensité dramatique de cette partition au deuil cruel qui frappa Bach à l'été 1720 : de retour d'un voyage officiel avec son prince, le compositeur découvrit que sa première épouse, Maria Barbara, était morte et avait été enterrée en son absence. La Partita en ré mineur se dresse ainsi comme un monument de résilience face à l'indicible. L' Allemande s'ouvre sur un flux continu de croches d'une grande plasticité expressive, suivie d'une Courante nerveuse aux rythmes pointus. La Sarabande, d'une noblesse aristocratique poignante, étire ses accords douloureux avec une solennité presque religieuse, avant que la Gigue ne libère une tension rythmique féroce, tourbillonnant en arpèges dramatiques. Jusqu'ici, l'œuvre respecte des proportions classiques. C'est alors que surgit le cinquième mouvement, qui déséquilibre volontairement toute la structure de la suite par sa dimension titanesque : la légendaire Chaconne (Ciaccona). À elle seule, la Chaconne dure plus longtemps que les quatre mouvements précédents réunis et représente l'un des plus grands sommets de la pensée humaine. Construite sur une basse obstinée de quatre mesures (un simple motif descendant), elle déploie 64 variations d'une densité polyphonique et d'une inventivité harmonique transcendantes. Le mouvement s'articule en trois grandes sections : un bloc initial en ré mineur d'une noirceur farouche, une section centrale en ré majeur d'une beauté lumineuse et extatique (évoquant une transfiguration spirituelle ou une consolation divine), et un retour final au ré mineur originel qui se conclut de manière stoïque et monumentale. Pour le violoniste, la Chaconne est l'épreuve de vérité absolue, exigeant autant d'endurance athlétique que de profondeur philosophique.