Venant clore magnifiquement le recueil des Sonates et Partitas, la Partita n° 3 en mi majeur offre un contraste saisissant et bienvenu avec les ombres de la Partita en ré mineur. Choisissant la tonalité de mi majeur — traditionnellement associée à la lumière solaire, à la joie céleste et à la célébration —, Bach conçoit une œuvre d'une fraîcheur irrésistible, d'une élégance suprême et d'une clarté de textures printanière. Délaissant la sévérité contrapuntique allemande pour adopter le bon goût et la grâce des danses de cour à la française, cette partition démontre la formidable plasticité stylistique du compositeur. L'œuvre s'ouvre de manière éclatante par son célèbre Preludio, l'une des pages les plus jubilatoires et populaires de Bach. Ce mouvement en mouvement perpétuel brille par l'utilisation virtuose de la technique du bariolage (l'alternance rapide entre une note sur une corde à vide et des notes changeantes sur une corde voisine), créant un effet de chatoiement harmonique unique. Conscient du potentiel exceptionnel de ce prélude, Bach le réutilisera plus tard à deux reprises en le transposant en ré majeur pour grand orchestre, trompettes, timbales et orgue obligé, notamment dans sa célèbre Cantate BWV 29 « Wir danken dir, Gott ». La suite des mouvements est une collection de miniatures chorégraphiques d'un raffinement exquis. La Loure, danse lente et chaloupée, déploie un lyrisme tendre, tandis que la célèbre Gavotte en Rondeau séduit immédiatement par son thème récurrent d'allure joyeuse et spirituelle, entrecoupé de couplets virtuoses. Après le charme galant des deux Menuets juxtaposés, la Bourrée, brève et bondissante, prépare le terrain pour la Gigue finale. Rythmée à 6/8, cette dernière referme le cycle complet des six solos dans une atmosphère de fête villageoise et de pure allégresse, couronnant ce voyage instrumental par un triomphe de la lumière et de la vie.