Composés en décembre 1827, les Quatre Impromptus, D 935 forment le second cahier de pièces d'art de Schubert, écrits seulement quelques mois après la première série (D 899). Bien que Diabelli les ait publiés séparément pour des motifs commerciaux après la mort du compositeur, ces quatre pièces manifestent une telle cohésion formelle et tonale que Robert Schumann émit l'hypothèse mémorable qu'il s'agissait en réalité d'une grande sonate pour piano déguisée. La construction globale corrobore cette thèse : un premier mouvement de forme sonate condensée, un menuet ou scherzo feint sous les traits de l'Allegretto, un mouvement lent à variations, et un finale d'une alacrité virtuose. Le premier impromptu (Allegro moderato, en fa mineur) s'ouvre par un accord de quarte et sixte tragique, avant de déployer un dialogue polyphonique serré où s'opposent la véhémence dramatique et des épisodes d'un lyrisme suspendu en la bémol majeur. Le deuxième (Allegretto, en la bémol majeur) adopte la structure d'un menuet avec trio, d'un dépouillement presque religieux, rompu par les ondulations de triolets fluides en mineur. Le troisième morceau (Andante, en si bémol majeur) constitue le cœur thématique du recueil. Il s'agit d'un cycle de cinq variations basé sur le célèbre thème de la musique de scène pour Rosamunde (déjà exploité par Schubert dans son Quatuor à cordes n° 13, D 804). L'écriture y sollicite une technique de l'ornementation d'une suprême délicatesse, déplaçant la mélodie des registres suraigus aux basses profondes avant une variation centrale en mineur d'un pathétique exacerbé. Enfin, le quatrième impromptu (Allegro scherzando, en fa mineur) fait office de finale rondo-sonate, caractérisé par des rythmes asymétriques, des accents syncopés et un tropisme hongrois virtuose. L'œuvre s'achève sur une descente chromatique fulgurante qui balaye tout le clavier, scellant le cycle dans un éclat dramatique.