Le Quatuor à cordes n° 1 en la mineur, op. 41 n° 1 a été composé par Robert Schumann au cours de l'été 1842, une période charnière entrée dans l'histoire sous le nom d'« année de la musique de chambre ». Après s'être presque exclusivement consacré au piano puis aux lieder, le compositeur ressent le besoin de se confronter aux grandes formes classiques. Il étudie alors de manière obsessionnelle les quatuors de Haydn, Mozart et Beethoven avant de jeter ses propres idées sur le papier, dédiant l'ensemble de ce recueil à son ami Felix Mendelssohn. L'œuvre s'ouvre de manière saisissante par une introduction contrapuntique lente (Introduzione) en la mineur, imprégnée d'une profonde mélancolie, qui débouche de façon très originale sur un Allegro écrit dans la tonalité lumineuse de fa majeur. Le quatuor se caractérise par des rythmes asymétriques, des syncopes abruptes et une urgence poétique typiquement schumannienne. Le troisième mouvement, un Adagio d'une intensité bouleversante, constitue le cœur spirituel de la pièce, où les instruments chantent avec un lyrisme introspectif d'une rare nudité émotionnelle. Le finale est un Presto d'une motricité irrésistible, traversé par des élans de danse et des brusques changements de dynamique qui témoignent de la dualité psychologique de Schumann. Rompant avec la stricte discipline classique, le compositeur y invente un langage de chambre purement romantique où l'expression des sentiments intimes prime sur les conventions formelles. Ce premier quatuor scelle la réussite de Schumann dans un genre exigeant, prouvant sa capacité à renouveler l'héritage de ses illustres prédécesseurs.