
Quatuor Leonkoro
Théâtre des Champs Elysées · Paris
Chef-d'œuvre de la maturité romantique et monument d'une suprême probité artistique, le Quatuor en la mineur, op. 51 n° 2 de Johannes Brahms est le fruit d'une effroyable lutte esthétique. Érasant sous le poids de l'héritage écrasant des quatuors de Beethoven (« Vous n'avez pas idée de ce que nous ressentons, nous autres, quand nous entendons constamment un tel géant marcher derrière nous »), Brahms attendit d'avoir quarante ans avant de publier ses deux premiers quatuors officiels. Ce deuxième quatuor se distingue de son jumeau en ut mineur par un climat plus fluide, tendre et d'une polyphonie d'une richesse contrapuntique absolue. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Brahms y pousse l'art de la variation continue dans ses derniers retranchements : chaque motif découle organiquement du précédent avec une clarté texturale chirurgicale. Les rythmes croisés, les syncopes et les superpositions de mesures (le fameux deux contre trois brahmsien) créent un hédonisme sonore épuré et texturé. La polyphonie atteint une immense pureté vocale instrumentale dans l'Andante, véritable déclaration d'amour instrumentale, avant que la rudesse de la danse populaire du finale n'exige des interprètes une puissance athlétique. Interprète pléthorique du conflit intérieur, de la nostalgie et de l'élan tzigane, ce quatuor avance de bout en bout avec une belle urgence organique théâtrale. Il impose aux quatre musiciens une endurance physique de premier ordre, une égalité de timbre absolue et une science millimétrée de la texture pour ne jamais saturer le son sous l'extrême densité de l'écriture harmonique. Monument incontournable du post-romantisme germanique, le quatuor op. 51 n° 2 conserve au concert une autorité scénique superlative.
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Théâtre des Champs Elysées · Paris