Chronologiquement le tout premier quatuor à cordes sorti de la plume de Beethoven, le Quatuor à cordes n° 3 en Ré majeur, op. 18 n° 3, s'impose d'emblée comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Conscient du poids de l'héritage laissé par Haydn et Mozart, le compositeur choisit une tonalité d'une grande noblesse d'école pour faire ses premières armes de chambre. Loin d'une simple imitation, cette page cyclopéenne témoigne d'une hauteur d'âme universelle et installe déjà les fondations d'un nouveau langage instrumental. L'écriture de Beethoven y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Le premier mouvement s'ouvre de manière poétique par un intervalle de septième mineure ascendante au premier violon, geste d'une absolue limpidité qui lance un dialogue d'une franchise monumentale entre les quatre partenaires. Les voix s'y articulent avec une clarté texturale chirurgicale, évitant toute dureté instrumentale artificielle. L'Andante con moto, d'un hédonisme sonore épuré, s'éloigne des schémas attendus en s'établissant en Si bémol majeur, offrant un espace de recueillement d'une immense pureté vocale instrumentale et d'une infinie tendresse suspendue. L'œuvre s'achève sur un Presto en forme de tarentelle effrénée, exigeant une motricité d'archet d'une absolue régularité métrique. Interprétation pléthorique de la clarté classique transfigurée et de l'élégance spirituelle, ce quatuor insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique. L'articulation légère et véloce du finale impose à l'élite des quatuors du monde une complicité mutuelle superlative pour préserver l'équilibre polyphonique sous l'effet de la vitesse. Plébiscité par les musiciens pour sa fraîcheur exigeante, le Troisième Quatuor conserve au concert comme au disque une autorité esthétique superlative.