Hommage direct et brillant au génie de Mozart (et plus particulièrement à son Quatuor KV 464 dans la même tonalité), le Quatuor à cordes n° 5 en La majeur, op. 18 n° 5, s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Sous un vernis d'une grande noblesse d'école et d'une clarté classique apparente, Beethoven y glisse pourtant ses propres innovations structurelles, transformant ce modèle d'équilibre en un laboratoire de textures rythmiques et polyphoniques d'une belle hauteur d'âme. L'écriture de Beethoven y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Le premier mouvement s'élance avec une franchise monumentale, mené par un élan d'archet pastoral et spirituel. La clé de voûte de la partition réside dans son troisième mouvement, un Andante cantabile avec cinq variations construit sur un thème d'une simplicité désarmante. C'est ici que l'hédonisme sonore épuré de l'œuvre atteint son apothéose : les quatre instruments s'entrelacent avec une clarté texturale chirurgicale, faisant alterner des cascades de triolets, des dialogues chromatiques et une imitation de fanfare mystique d'une immense pureté vocale instrumentale, filant des phrases d'une infinie tendresse suspendue. Interprétation pléthorique de la clarté spirituelle, du jeu de variations d'école et de l'art de la conversation, ce quatuor insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique. Le finale, combinant la vivacité du rondo et la rigueur du contrepoint, exige des interprètes une agilité virtuose millimétrée et une complicité mutuelle superlative pour restituer la polyphonie sans aucune lourdeur acoustique. Plébiscité par l'élite des chambristes pour sa transparence exigeante, le Cinquième Quatuor conserve au concert comme au disque une autorité esthétique superlative.