Premier et plus célèbre des quatuors dédiés à cet instrument par le maître salzbourgeois, le Quatuor pour flûte et cordes en Ré majeur, K. 285 s'impose comme un jalon de la musique de chambre classique et un monument d'une suprême probité artistique. Composé à Mannheim à la fin de l'année 1777 pour le flûtiste amateur Ferdinand De Jean, il surmonte les réticences légendaires de Mozart envers la flûte de l'époque pour offrir un dialogue instrumental d'un équilibre absolu, affranchi de toute vaine démonstration technique. L'écriture de Mozart y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, offrant au violon, à l'alto et au violoncelle un contrepoint serré et d'une grande noblesse d'école. La flûte s'élève au-dessus du tissu des cordes avec une clarté texturale chirurgicale et un hédonisme sonore épuré, exempt de la moindre dureté instrumentale. Le cœur de l'œuvre, un Adagio en si mineur, prend la forme d'un chant suspendu d'une immense pureté vocale instrumentale, où la flûte déploie une cantilène d'une infinie tendresse blessée sur un accompagnement en pizzicato des cordes. Interprétation pléthorique de l'insouciance galante, de la mélancolie intime et de la gaieté pure, ce quatuor insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique théâtrale. Le finale en rondeau, d'une vivacité d'école superlative, enchaîne les motifs avec une grâce et une fraîcheur thématique qui témoignent d'une intuition dramatique fulgurante. Interprété en permanence par les flûtistes et les archets les plus exigeants de la planète, le Premier Quatuor pour flûte de Mozart conserve au concert comme au disque une autorité stylistique superlative.