Premier grand chef-d'œuvre de l'histoire de la musique pour cette formation, le Quatuor pour piano et cordes en sol mineur, K. 478 de Wolfgang Amadeus Mozart s'impose comme un monument d'une suprême probité artistique. Composé à Vienne à l'automne 1785, il marque une rupture radicale avec la musique de salon de l'époque par sa puissance expressive et sa dimension tragique. Initialement commandé par l'éditeur Franz Anton Hoffmeister, ce dernier résilia le contrat face à la complexité de la partition, la jugeant beaucoup trop difficile pour le public d'amateurs de la Vienne classique. L'écriture de Mozart y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, opposant le piano solo à un trio de cordes traité avec une clarté texturale chirurgicale. Le premier mouvement initial, sombre et impérieux, refuse toute dureté instrumentale artificielle pour installer un dialogue d'école d'une tension dramatique inouïe. L'Andante central en mi bémol majeur apporte un hédonisme sonore épuré, s'élevant comme une cantilène d'une immense pureté vocale instrumentale, suspendue hors du temps dans une expression d'une infinie tendresse. Interprétation pléthorique du Sturm und Drang, de la ferveur tragique et de la jubilation finale, ce quatuor insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique théâtrale. Le rondo final, écrit dans la tonalité lumineuse de sol majeur, libère la tension accumulée par une verve rythmique et une agilité virtuose d'une grande noblesse, rappelant l'esprit des plus grands concertos pour piano de l'auteur. Interprété par l'élite des pianistes et des chambristes de la planète, le Premier Quatuor pour piano et cordes de Mozart conserve au concert comme au disque une autorité artistique et stylistique superlative.