Chef-d'œuvre de verve, d'esprit et monument d'une suprême probité artistique, le Quintette avec clarinette de Jean Françaix s'impose comme l'une des pages les plus brillantes, exigeantes et jubilatoires du répertoire moderne pour cet effectif. Composée en 1977, cette œuvre s'inscrit dans la digne lignée des grands quintettes de Mozart et de Brahms, tout en affichant l'esthétique typiquement française de son auteur : un refus du pathos dramatique au profit d'un art fondé sur le plaisir, l'élégance, la clarté et une sémillante joie de vivre, résumée par la devise du compositeur : « faire de la musique pour faire plaisir ». Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique trépidante et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Françaix tisse entre la clarinette et le quatuor à cordes un dialogue d'une clarté texturale chirurgicale, caractérisé par une virtuosité digitale transcendante qui met à l'épreuve les limites techniques du clarinettiste. Les cascades de doubles croches, les sauts d'intervalles espiègles et les traits véloces s'enchaînent dans un hédonisme sonore épuré. L'œuvre n'oublie pas le lyrisme, notamment dans le Grave central, moment suspendu d'une immense pureté vocale instrumentale, avant de basculer dans un Rondino final à l'humour ravageur. Interprète pléthorique de la malice et de la finesse néoclassique, ce quintette avance de bout en bout avec une belle urgence organique théâtrale. Françaix y joue avec malice des rythmes et des harmonies pour créer une musique colorée, spirituelle et d'une fluidité désarmante. Exigeant de la part des cinq instrumentistes une précision métronomique d'école et une parfaite cohésion de chambre, le Quintette avec clarinette de Jean Françaix conserve une autorité scénique superlative, s'affirmant comme un incontournable du XXe siècle pour tous les grands solistes internationaux.