Joyau de la musique sacrée classique et monument d'une suprême probité artistique, le répons Christus factus est (MH 38) de Michael Haydn est une miniature chorale d'une force expressive bouleversante. Longtemps éclipsé par la gloire de son frère Joseph, Michael Haydn fut pourtant considéré par ses contemporains — et notamment par son ami intime Wolfgang Amadeus Mozart — comme le véritable maître de la musique d'église de son temps. Ce motet, écrit pour la liturgie de la Semaine sainte à la cathédrale de Salzbourg, résume à lui seul ce génie de la concision, capable de traduire le mystère de la Passion en à peine quelques dizaines de mesures. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique contenue et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Michael Haydn utilise une clarté texturale chirurgicale pour épouser chaque mot du texte sacré. La première section progresse par un contrepoint d'une rigueur d'école impeccable, traduisant la marche résignée du Christ. Le point culminant de l'œuvre survient sur les mots « mortem autem crucis » : le compositeur suspend le temps par des harmonies audacieuses et des dissonances poignantes, refusant tout hédonisme sonore épuré pour faire ressentir la violence de la crucifixion, avant que la conclusion (« Propter quod... ») ne s'élève dans une immense pureté vocale instrumentale, rayonnante de majesté divine. Interprète pléthorique de la ferveur et du recueillement, ce court répons avance avec une belle urgence organique théâtrale, typique du style d'église salzbourgeois. Sous une apparente simplicité homophone (les voix chantant souvent ensemble le même texte), l'œuvre demande au chœur un contrôle absolu du souffle, une justesse d'intonation millimétrée et une grande science des nuances pour faire passer l'auditeur de l'ombre de la Croix à la lumière de l'Exaltation. Servant de modèle d'équilibre pour des générations de compositeurs sacrés, le Christus factus est de Michael Haydn conserve au concert comme à l'église une autorité scénique superlative.